H2020
La "Water Poverty Initiative" de l'ONG H2020 utilise les téléphones mobiles pour recueillir des données sur l'accès à l'eau, sa qualité et son prix. Associées aux données en provenance de satellites et d'études, ces informations servent à cartographier les ressources, afin de développer des solutions évolutives pour fournir de l'eau potable aux communautés pauvres.
Erika Anderson, Cofondatrice et Directrice générale
Pour concevoir les solutions techniques capables de faire accéder à l’eau potable les populations qui en sont privées, il faut disposer en temps réel des données les plus fiables sur la localisation de l’eau, mais aussi sur sa qualité et sa quantité. Le projet H2020 permet très exactement tout cela, à partir de données collectées sur le terrain, grâce aux téléphones mobiles des populations concernées. Pourquoi Erika Anderson, avocate, diplômée du MIT en géologie et en musique, chanteuse et guitariste dans un groupe folk-rock, se lance-t-elle dans une telle entreprise ? Deux motivations. La première est personnelle, c’est l’envie d’Erika de faire profiter à d’autres de la fantastique éducation qu’elle a eu la chance de recevoir. La seconde, dans la lignée de son job d’avocate spécialisée dans l’environnement, c’est l’envie de trouver des solutions pour les problèmes climatiques et humanitaires à l’échelle planétaire.
Pour Erika, l’essentiel pour un projet efficace reste l’expérience humaine. C’est en allant sur place, en touchant du doigt les problèmes des populations confrontées à une eau rare, sale ou inexistante qu’elle a fait évoluer son idée de départ, plus technique. Les données statistiques ne doivent pas être abstraites, elles doivent s’enraciner dans la vie des femmes, des enfants, des hommes.
Un exemple ? Erika se rend dans un bidonville, guidée par les humanitaires qui s’en occupent. Bonne ambiance, conviviale et chaleureuse. On leur offre du melon, ils visitent les environs. Soudain, un chef de la communauté leur montre, au milieu d’un marécage, deux petites filles en train de jouer dans un bidon de plastique rempli d’eau par le tuyau détourné d’un chantier à 300 m de là. Les professionnels en charge du bidonville n’en croient pas leurs yeux : ils travaillent sur place tous les jours, sans jamais s’être posé la question de l’approvisionnement en eau. Erika en est certaine, les populations pauvres en eau n’ont pas besoin de solutions imposées de l’extérieur, de grosses organisations. Il leur manque simplement quelques outils simples et adaptés pour s’en sortir.
Tout part donc des données : des données de départ fausses font des solutions inefficaces ou perverses, qui en fin de compte ne servent en rien aux personnes visées. Erika veut recueillir des données fines, précises et enfin comparables sur toute la planète. D’où l’idée de les faire monter du terrain grâce à des téléphones mobiles. Un jour, au fin fond des Andes, le patron d’une mine lui assure que ses ouvriers, trop pauvres, sans éducation, ne pourront jamais collecter des données sur mobile. Le lendemain, un des ouvriers l’emmène vers la mine, à cheval. Pendant le trajet, il lui montre les vidéos qu’il a faites de ses petits-enfants, sur son mobile. Pour Erika, ceux qui n’ont pas compris la révolution humaine numérique, ce sont plutôt les privilégiés.


















